
L'oeuvre de Thoma Ryse se caractérise par la volonté de lutter contre une morosité ambiante inscrite bien avant la crise actuelle si l'on en croit le nombre impressionnant d'œuvres aux couleurs sombres et traitant de thèmes mortuaires voire morbides. Si le noir est une couleur comme le souligne Pierre Soulages, très peu ont su l'utiliser parmi ses contemporains pour la rendre aussi lumineuse. Thoma, lui, prend le parti opposé, celui de remettre sur le devant de la scène une palette trop longtemps oubliée ou peu utilisée. Il nous rappelle que la vie est une chance et que la plupart d'entre nous devrait être heureux de vivre, malgré les aléas de la vie qui frappent les uns et les autres. Il nous impose cette pétition de principe avec la bonne humeur qu'inspirent des couleurs joyeuses.
A cette palette se joignent des formes empruntées à ses maîtres (Matisse et Kandinsky notamment) avec toutefois une harmonie qui lui est propre et rend son travail identifiable au premier coup d'oeil : aux couleurs franches, répondent des formes voluptueuses mais aussi plus rectilignes se confrontant les unes aux autres. Le balancier de la vie oscille en effet entre des opposés dont ces formes faussement disposées de manière aléatoire en sont une expression.
Avec cette sculpture, Thoma cherche aussi à défier deux états :
• celui qui nous lie à la terre du fait de l'attraction terrestre. Tournée vers le haut comme le V de la victoire, cette œuvre cherche à nous élever.
• celui qui laisse croire qu'une sculpture ne peut être peinture (et vice versa). Opposition millénaire qui tourne court chez Thoma puisque l'une est l'autre, et inversement.
L'artiste prouve par ailleurs qu'il est cet enfant que tous nous souhaiterions rester malgré notre âge adulte : Cette sculpture-peinture nous rappelle bien entendu les bouées de nos bains estivaux mais aussi les jeux d'adresse où nous devions enquiller des anneaux. Puisque l'époque est aux jouets pour adultes, Thoma nous fait avec cette œuvre un cadeau nous rappelant des souvenirs d'enfance. Et ces souvenirs ne sont pas uniquement de l'ordre de la détente mais aussi de la gourmandise : Thoma, artiste des plaisirs terrestres, nous remémore ainsi les « donuts » vendus sur les plages (et ailleurs), sucrés ou nature.
Avec cette œuvre, il évoque enfin notre condition d'Homme qui accumule les expériences et les savoirs sans jamais faire disparaître de notre patrimoine certaines étapes nécessaires à notre construit. Nous sommes le fruit de ces apprentissages qui se complètent sans se détruire. La sédimentation est notre signature...qu'il s'agisse de notre patrimoine génétique ou de celui d'une vie. Cette oeuvre haute en couleur en est l'expression !
Alexandre Callay, Neuilly sur seine, 7 mai 2009